mardi 23 septembre 2008

ON TIENT LES 32 !

Finalement, tous les résultats de ce tournoi sont complètement anecdotiques. Pardon pour le vétéran allemand Uli Koch, vainqueur en finale de l’Italien Piergiorgio d’Ancona. Mais tous les yeux étaient tournés vers le classement général du PartoucheGammon Tour. On allait enfin savoir qui obtiendrait les derniers tickets pour la Grande Finale qui aura finalement lieu à Cannes, l’hiver prochain, à l’occasion du Festival des Jeux. Ce n’est donc pas du côté du tableau principal que les choses se passaient. Non plus que dans la consolation. Dans ce deuxième tableau, c’est la première place de la saison régulière qui se jouait lors de la demi-finale qui opposait Ed O’Laughlin à Mario Sequeira. Toujours sur son nuage, le Portugais l’a emporté. En finale, il a littéralement croqué notre Minh N’Guyen. Il gagne la consolation et retrouve la première place qu’il a longtemps occupée avant de se la faire subtiliser par le Giant américain.


Holm a eu tort de sécher

Mais c’est encore ailleurs que se nouait le véritable drame. Il restait quelques places à distribuer pour rejoindre la liste des 32 bienheureux de la saison. Aux dernières places qualificatives, on retrouvait notamment, avant le début du last chance de dimanche, l’Autrichien Luca Surmeyan et le cador Danois Morten Holm. Très vite, leurs places allaient être mises en danger. Le premier sortait au premier tour et le second séchait ce last chance, trop sûr d’être quoi qu’il arrive qualifié. Seulement voilà, tous les poursuivants ont fait une bonne journée. Nous étions un petit groupe à pouvoir rafler les deux dernières places. Et nous passions les tours. Nous savions qu’il fallait aller jusqu’au bout. En atteignant les quarts de finale, Marc Santo-Roman assurait sa qualification. En m’arrêtant au même stade, je ratais la mienne. Tant pis mais mérité, tant ma saison a été décevante.


La victoire du fanfaron

En demi-finale, on retrouvait Olivier Décultot, qui venait de me planter amicalement un couteau entre les deux omoplates (prévenez-moi de mes ennemis, mes amis, je m’en charge…) et allait peut-être enfin poser à nouveau la main sur un trophée, qui, lui, avait déjà assuré sa place. Pour les trois autres, c’était la guerre. Face à Olivier, le Suisse d’origine iranienne Rassoul Rasti. C’est un phénomène ce Rassoul. Il joue si souvent à l’envers et si souvent ça passe. Un fanfaron au gobelet agile. Dans l’autre demi-finale, Frédéric Andrieu opposé à Alexis Vincent. Ces trois-là se battent pour deux places. Il ne faudra pas trembler. Décultot et Vincent sont favoris. Tous les deux se font sniper. Décultot rate encore la marche décisive. Il en a marre. Alexis perd trop d’imperdables. Il est au bord de la crise de nerfs. Au sens propre, ce backgammon va en rendre fous quelques-uns…


Quelle hiérarchie ?

En finale, c’est Andrieu qui endosse le dossard de favori. La pression est a priori un peu retombée. Ils sont qualifiés tous les deux. Ils ont le trophée. Ils ont de l’argent. Mais un peu plus c’est toujours un peu mieux. Comme à son habitude, Rassoul est détendu et s’amuse d’être là. Comme d’habitude, Fred est tendu. Il serre les dents et tape rageusement sur la pendule à chaque fois qu’il valide un coup. Il mène 1-0 lorsqu’il envoie un cube imprenable… que Rassoul avale. Il est coincé derrière un prime. Il a trois pions à passer. Il lui faut tout de suite un trois accompagné d’un cinq ou d’un six. Et il lui faudra recommencer trois fois. Fred peut empocher le match tout de suite. Mais Rassoul ne tremble pas. Il enchaîne 3-5 suivi de 3-5. Le troisième viendra un peu plus tard. Il a risqué 4 points. C’est lui qui les marque. Puis vient le cinquième. Il a gagné. Une hiérarchie dans le backgammon ? Quelle hiérarchie ?


Rendez-vous à Cannes

Un petit mot du double pour finir. Uli Koch a failli réaliser le doublé mais, accompagné d’Ed O’Laughlin, il a cédé sur la balle de match, en finale, contre le régional de l’étape, le Marseillais Michel Hileyan, associé au New-Yorkais Gary Bauer. Un énorme bravo à Michel qui remporte là son premier grand tournoi. C’est pour l’instant en double. La consécration en simple viendra un jour pour ce joueur d’échecs émérite.

Voilà, la saison régulière s’achève là. Derrière Sequeira et O’Laughlin, on saluera la troisième place de Thierry Manouck et la quatrième de Minh N’Guyen. Ils sont les deux Français de l’année. On les retrouvera à Cannes. On se retrouvera tous là-bas, en maillot de bain ou à travers cet écran. En attendant, bon backgammon à tous et à bientôt…

Franck STEPLER

UNE FINALE INEDITE

Décidément, ce Thierry Manouck est un roc. Je vous le dis tout de suite, il a perdu en demi-finale. Encore un Français qui s’incline sur une double balle de match ce week-end. Mais qu’importe. Il est encore le meilleur Français du tournoi. Je m’aventurerais même à dire qu’il est à mes yeux le meilleur joueur français. Certes, François Tardieu reste la référence, unanimement et internationalement reconnue. Très honnêtement, techniquement, il est de toute évidence au-dessus du lot. Il y a lui et les autres. Mais si on introduit dans le shaker tous les critères qui font un joueur complet : approche technique, tactique, psychologique, adaptation aux circonstances et à l’adversaire, inventivité, et j’en passe sûrement, alors je mets Thierry un cran au-dessus du peloton des excellents joueurs français. Et ce n’est pas seulement parce que j’ai un mal fou à m’en sortir contre lui, plus que contre les autres. Non, je lui trouve vraiment le petit quelque chose qui fait la différence. C’est dit.


Un Allemagne/Italie à l’image de la saison

Malgré tout, après sa remontée fantastique de la veille, il aura donc calé en demi-finale. Deux tours plus tôt, l’Allemand Uli Koch m’avait battu en sortant les bons dés au bon moment. Il aura donc réitéré. On aurait pu, dès lors, s’attendre à une finale 100% allemande. Mais Frank Brinkmann, qui achève une jolie saison, a cédé devant l’Italien Pier-Giorgio d’Ancona. Cette dernière étape de la saison reflète finalement assez bien le déroulement du PartoucheGammon Tour 2008. Si on met à part les Français qui jouent à domicile, les équipes allemande et italienne ont été les plus fournies et les plus fidèles, tout au long de l’année. Que deux de leurs représentants décrochent ici l’or et l’argent est un sympathique clin d’œil.


Minh N’Guyen sur sa lancée

Dans la consolation, il y aura bien un Français en finale. Il aura été la révélation de la saison et, là encore, il est agréable de le voir aussi bien figurer lors de ce dernier rendez-vous. Minh N’Guyen a battu en demi-finale l’inattendu Peter Van de Bruck. Le Hollandais porte un nom qu’Olivier Décultot n’oubliera pas de sitôt. Après avoir enchaîné trois victoires, il lui fallait gravir encore une marche pour gagner enfin un nouveau trophée, deux ans après le dernier. Il se croyait dépoissé. C’est encore raté.

Et dans les grandes largeurs : 9-0, merci, bonsoir et à demain pour le last chance. Satisfaction tout de même, avec ce joli parcours, il a vraisemblablement assuré sa qualification pour la Grande Finale. Seigneur, si tu me lis, j’ai encore besoin d’un paquet de points pour y parvenir. Il faut que je gagne ce last chance demain. Aide-moi et accorde à Olivier le plaisir de venir se faire battre en finale. Ca me ferait bien plaisir pour lui.


La première place en jeu

Minh ne connaît pas encore son adversaire en finale de la consolation. La deuxième demi-finale n’est pas encore jouée. Elle aura une saveur toute particulière puisqu’elle oppose les deux leaders du classement : Ed O’Laughlin et Mario Sequeira. L’Américain est en tête mais il se pourrait que le Portugais passe devant en cas de victoire finale. Anecdotique mais à suivre… La journée sera d’ailleurs chargée pour Ed O’Laughlin et Uli Koch puisqu’ils doivent également disputer une demi-finale de double. Sacré week-end pour les deux vieux routiers du circuit. On suivra donc leurs exploits mais aussi l’évolution du classement qui nous livrera les noms des 32 qualifiés. Ils sont un sacré paquet à scruter, analyser, compléter le classement pour essayer de savoir, en fonction des résultats du jour, qui seront les heureux élus et les pauvres laissés pour compte. J’ai bien peur de basculer dans la deuxième famille. Exploit demandé ! Allez, à demain…

Franck STEPLER

samedi 20 septembre 2008

UNE DEROUTE FRANCAISE

Bonjour tout le monde et une petite pensée pour les absents, tous ces habitués du PartoucheGammon Tour qui ne sont pas avec nous ce week-end pour des raisons diverses et variées. Finalement, nous sommes 42 joueurs. Avec tous ces débutants qui ont disputé le warm-up, on ne savait pas trop combien joueraient finalement le tournoi. On a la réponse. Et elle est plutôt satisfaisante pour cette première édition qui partait un peu dans l’inconnu. Heureusement d’ailleurs qu’il y a des satisfactions parce qu’il y a aussi de sacrées déceptions, à commencer par le comportement de la délégation française. Je ne parle pas là du comportement humainement charmant de mes petits camarades parisiens, cannois ou normands. Non, je parle là de comportement technique, de manipulation de gobelet, de déplacement de pions, de stratégie backgammonistique, de génie stratégique, bref de performance… Le constat est extrêmement décevant de ce côté-là : c’est l’une des plus mémorables déroutes de la jeune histoire du PGT. Pour résumer avant quelques détails : pas un seul des nôtres n’a été foutu de passer le deuxième tour !


Manouck met Gagua KO

Une fois qu’on a dit ça, il faut ajouter une précision. Avec 42 joueurs au départ, il y avait 11 places de rachat disponibles au second tour. Et quelques-uns des Français prématurément éliminés en ont profité pour revenir dans le tableau. De ceux-là, deux ont passé l’obstacle et atteint le troisième tour : l’inévitable Thierry Manouck et le p’tit Francky. Après diner, je suis passé à la trappe face à l’Allemand Uli Koch, qui m’a sorti du gobelet des trucs que j’aurais préféré ne jamais voir se poser sur le board. C’est comme ça cette saison, les deux dés qui roulent avant de se poser là où on le leur avait demandé sortent plus souvent du cornet adverse que du mien. Ca tournera forcément… Thierry lui est passé en quart de finale. Et avec la manière. Mené 10-0 par le Georgien Nodar Gagua, il lui a ensuite aligné 15 points jusqu’au serrage de main. Il fallait voir le pauvre Nodar, les yeux perdus dans le vague pendant un bon quart d’heure, seul sur sa chaise, prostré comme un boxeur KO, après la défaite. Je sens que la nuit a du être agitée…


Les Français fâchés avec les DMP

Côté français encore, je voudrais avoir une petite pensée pour notre souffre-douleur préféré. Le pauvre Guil Drai a perdu 13-12 au premier tour avant de se racheter et de s’incliner cette fois 15-14. Perdre deux fois comme ça en quelques heures, c’est dur. Heureusement, il a ensuite gagné ses deux premiers matches de consolation (contre une championne de France de backgammon, Miki Suzuki, puis un champion de France d’échecs, Marc Santo-Roman) et a pu aller se coucher un peu remis de ses émotions. Juste avant diner, François Coignard et Frédéric Andrieu avaient eux aussi sauté à Double Match Point. Ce n’était vraiment pas notre jour… C’était en revanche celui de Fabrizio Lo Surdo. L’Italien a besoin de points pour rejoindre la Grande Finale. Il fait partie de ceux qui se trouvent dans la zone critique. Et lui, les DMP, il sait les jouer. Après Guil, il a sorti Ed O’Laughlin de la même façon, après avoir été mené 14-9. Il ne tremble pas, toujours stoïque devant le board et en plus, il a souvent le gobelet solide. Bref, genre injouable dans ces situations-là. Luca Surmeyan est lui aussi, comme quelques-uns d’entre nous, en quête de ses derniers gros points et il les amasse. Il est en quart. Des quarts de finale qui opposeront donc l’Autrichien Luca Surmeyan à Thierry Manouck, l’Italien Pier-Giorgio d’Ancona à l’omniprésent Portugais Mario Sequeira, Fabrizio Lo Surdo à Uli Koch, et enfin les deux Allemands Andreas Humke et Frank Brinkmann.


Un gros effort de maladresse

On ne le dira jamais assez, il y a vraiment des moments où la poisse se colle à la semelle de vos pompes et ne veut plus rien lâcher. Ca peut durer quelques mois ou juste le temps de quelques parties. Ed O’Laughlin, qui domine le classement du PGT, aurait du retrouver son partenaire de double, Uli Koch, en quart de finale. Il lui a alors fallu accumuler de la guigne sur la guigne pour passer à la trappe. Dans le match de consolation Décultot-Jacobowitz, ça a été du chacun son tour, ce qui arrive aussi : 8-0 pour Olivier (on joue en 9), retour à 8 partout et on va jouer un DMP. « Il avait gagné à 98% », me raconte Olivier après une victoire inespérée. Et comme le font souvent les joueurs en pareil cas, il m’emmène sur un board pour me détailler la partie. Je dois reconnaître que pour perdre ça, il fallait vraiment que Jan fasse un gros effort de maladresse. Mais à ce jeu, et c’est bien là notre force, on est capable de touts les exploits. Dans tous les sens. Et même les pieds au mur ! Allez, à demain…

Franck STEPLER

vendredi 19 septembre 2008

UN WARM-UP FAMILIAL


C’est bien la peine de faire 800 bornes pour se faire saucer comme ça. Un comble quand même. Soleil sur Paris. Trombes d’eau sur Aix-en-Provence. Le PartoucheGammon Tour nous avait habitués à nous éloigner de la grisaille pour aller chercher un peu de réconfort. Là, c’est loupé les amis. Heureusement, le soleil est attendu pour tout le week-end et il nous aidera sûrement à pardonner l’impardonnable.

Une fois ces considérations météorologiques hautement fondamentales pour le sujet qui nous intéresse passées en revue, venons-en au fait : la dernière étape du PGT avant la Grande Finale. C’est la chasse aux derniers points. Pour des mecs dans mon genre, c’est l’énergie du désespoir qui va devoir faire son œuvre. Nous sommes quelques-uns à avoir réalisé une saison en demi-teinte et à nous retrouver à ces places terribles qui vont nous faire osciller tout le week-end entre la qualification et la mort. Je suis resté presque un an dans le peloton des 32 qualifiés mais seule une grosse perf’ ici me permettra d’y demeurer. Il en va de même de tous ceux qui flirtent avec la trentième place.


Ca va pas être simple…

La bonne nouvelle eut été que ceux qui ont besoin de points pour nous passer devant restent à la maison. Mais ils ne sont pas moins malins que nous. Et dès hier soir, le warm-up réunissait 46 joueurs. Toute la colonie allemande est là, quelques Italiens, le Danois Morten Holm a fait le déplacement et quelques autres encore. Même les deux leaders du classement, l’Américain Ed O’Laughlin et le Portugais Mario Sequeira, ont posé leurs valises à Aix. Leur qualification est assurée mais ils viennent se mettre en travers de notre chemin avec une ambition toujours intacte pour ces deux vieux routiers du circuit. Côté français, Thierry Manouck et Minh N’Guyen, deux grands animateurs de la saison qui s’étaient affrontés en finale à Lyon, sont arrivés hier soir, le Toulousain Marc Santo-Roman dans leur sillage, et une brochette d’autres prétendants. Bien sûr, il en manque à l’appel mais peut-être moins que prévu. Et les inscriptions courent jusqu’en début d’après-midi… Un plaisir pour les organisateurs bien sûr. Un peu moins pour les prétendants à la qualification…


15 jours de backgammon au compteur

Nous étions donc 46 à disputer le warm-up. Et jamais cette compétition d’ouverture n’avait autant ressemblé à ce qu’elle doit être : un grand brassage de joueurs, toutes provenances et tous niveaux confondus. Se mêlant aux champions déjà arrivés, une pléiade de débutants de la région s’était donné rendez-vous au Pasino, certains de venir y disputer le tournoi qui leur est réservé. Mais non, il n’aura lieu que ce week-end. Ils se sont donc confrontés aux meilleurs, pas toujours pour leur malheur d’ailleurs. Le tirage avait commencé par ses traditionnels duels fratricides : Manouck et N’Guyen, arrivés ensemble quelques minutes plus tôt, se retrouvaient opposés, comme les deux Cannois Alexis Vincent et Claude Lambert. Quant à moi, le sort m’avait désigné Sébastien, l’un de ces débutants égarés : il ne compte que quinze jours de backgammon au compteur. Et ça se voit… Il se retrouvait sur un board de tournoi, évidemment, pour la première fois. Un peu intimidé, il a joué à son rythme mais j’ai passé un moment agréable et j’espère qu’on le reverra lorsqu’il aura assimilé les bases du jeu.


La belle histoire de la belle Isabelle

Isabelle est une autre régionale de l’étape à l’expérience réduite. Elle est venue en bande, avec son mari et des copains, ceux-là même qui l’ont mise pour la première fois devant un board il y a à peine un an. Sans complexe, elle s’est attaqué à des gros morceaux (sans même le savoir) et les a fait plier. Premier tour : Fernando Braconi. Je viens chambrer mon copain italien qui se fait malmener par cette jolie jeune femme que je ne connais pas et il se fait plier. « Tu sais que tu viens de battre le champion d’Europe en titre », glissai-je avec délice à la belle Isabelle. « Non ! Mais non ! ». Il lui faudra quelques minutes pour réaliser mais ainsi va le backgammon. Elle s’arrêtera d’y penser lorsqu’Olivier Décultot prendra place face à elle. C’est reparti. Deuxième affrontement déséquilibré et deuxième déculottée pour le favori. Je sais, c’est facile, mais c’est quand même « La Déculottée De Décultot ». Il fallait la faire, c’est fait. Pardon maman…


Rzymann finalement

Finalement, force restera à la loi mais Isabelle va tout de même se glisser ainsi jusqu’en demi-finale avant de tomber contre le vieux briscard allemand Uli Koch. Bravo pour ce joli parcours et rendez-vous dimanche sur le podium des débutants. La finale s’est déroulée dans la langue de Goethe entre Uli et le cousin autrichien Tassilo Rzymann qui m’avait sorti en quart quelques minutes plus tôt. Et c’est finalement Rzymann qui gagne son billet pour le PGT.

Quant à nous, je dois avouer très humblement que nous n’avons pas assisté à leur match. Nous sommes allés annexer la poker room. Henrion et Manouck à la première table. Coignard et Drai derrière. Santo-Roman à côté. Vincent et moi au fond. Avec des fortunes diverses, on a attendu la fermeture pour partir au lit. Heureusement pour notre état de forme, ici, on ferme tôt. Allez, à demain…

Franck STEPLER

mercredi 23 juillet 2008

ANDRIEU TOUCHE LE JACKPOT


Grande finale des World Series of Backgammon. Seize joueurs. Quinze matches. Trois points. Une cadence très rapide. Et un seul homme au sommet ce soir, avec 100 000 euros de plus dans la poche en fin de journée. On est au salon, avec les joueurs, leurs copains, leurs familles parfois, et puis les amoureux du beau jeu qui passent la journée à boire un coup en mangeant une part de gâteau, affalés dans un canapé à s’émouvoir devant la multitude d’écrans qui nous entourent. Ca crie, ça rit, ça pleure, ça commente. Chouette journée.
Pas grand-chose à dire sur l’apéritif 100% british : John Hurst est opposé à Andrew Plater. Le premier, vainqueur à Londres à l’automne, est éliminé. Plater est en quart. Le show commence au deuxième match. L’Autrichien Tassilo Rzymann a gagné au Danemark. Il rencontre Frédéric Andrieu. L’un des deux Français du tableau avec François Tardieu. Tous les deux ont gagné leur billet dans des tableaux de qualification organisés ici, à Cannes. Fred est tendu. L’enjeu, les caméras, la pendule. Dans la partie décisive, il fait juste n’importe quoi. C’est l’hystérie dans le salon. A chacun de ses mouvements, les observateurs sont un peu plus décontenancés. Son adversaire aussi. A la fin du match, on interrogera l’ordinateur qui donnera Rzymann favori à « 103% » ! Perdre ça, ça rend fou. Fred est passé là où personne ne passe. Comme quoi, mal jouer au bon moment… Quant à Tassilo, il enchaîne bière sur bière en éructant. Celle-là, il n’est pas près de s’en remettre. Et elle valait peut-être 100 000 euros…


La boulette d’Olsen

Les Danois entrent alors en piste. Andreas Olsen, champion national, contre Lars Trabolt, tout frais champion du Monde. Olsen fait la course en tête. On arrive tout de même à un double point de match. Acharné. Ca peut tomber d’un côté ou de l’autre. C’est pour Olsen. Il a fermé son board. Traby est sur la barre. Game over. Et puis l’erreur. Bête. Surprenante à ce niveau-là. Le stress de l’enjeu, de la pendule qui tourne ? Olsen a un double trois à jouer. Il joue un peu vite. Il reste impair sur ses point cinq et six. Double six et un pion offert à la frappe de Trabolt qui ne tremble pas pour tirer un cinq. Il ferme à son tour mais laisse, lui aussi, une frappe. Mais lui n’avait pas le choix… Et il n’est pas frappé. Par un trou de souris, c’est lui qui passe. Olsen va s’en vouloir un moment.
Le match suivant n’appelle aucun commentaire. Exécution en règle ! L’Egyptien Rida Hassan n’a laissé aucune chance au Grec d’Allemagne Athanasios Lagopatis. 3-0 et on n’en parle plus.


Carlsson cède à la pression

Duel américain ensuite. Robert Koca, vainqueur hier de la Riviera Cup croise le fer avec une espèce de légende au physique de colosse. Mike Svobodny est un ancien champion du Monde devenu une figure du monde du jeu, le backgammon n’étant qu’un parmi tant d’autres. La légende commence par passer deux cubes. En trois points, c’est pas bien bon tout ça. 2-0 donc pour Koca. Il mène et continue à jouer très agressif. Et Svobo ne voit pas un dé. Koca lui laisse quantité de doubles frappes mais il ne voit rien. L’affaire est à peu près aussi vite pliée que la précédente.

On enchaîne avec un tête-à-tête nordique : Jakob Holdt-Simonsen pour le Danemark, Oscar Carlsson pour la Suède. Et décidément, la pression semble trop forte pour certains. Carlsson va littéralement offrir le match à son adversaire. Une première fois, alors que le cube est envoyé, il peut prendre un avantage décisif mais joue de travers son double cinq pourtant formidable. Il pourrait y avoir quatre points au bout. Plus tard, il ne voit pas un cinq et deux qui frappe et ferme une cinquième porte. Il perdra et ne pourra que s’en prendre à lui-même. A côté de nous, le clan suédois est dépité.


Tardieu à la trappe d’entrée

Pour Aaron Kopper, un joueur hollandais qualifié en ligne, c’est la toute première derrière un board en tournoi officiel. Et comme cadeau de bienvenue, il hérite du numéro un mondial, Matvey “Falafel” Natanzon. L’Israélien va pourtant trembler jusqu’au bout. Kopper est faible, ça se voit et ça s’entend tant les qualificatifs fusent dans le salon. Mais il s’accroche et fait suer sang et eau à Falafel qui s’impose finalement. On attend son duel avec son éternel rival pour le titre de « plus grosse tête pensante du backgammon mondial », François Tardieu. Le leader du backgammon français n’a pas été aussi gâté que son camarade au tirage au sort en héritant du quatrième danois du tableau, le vainqueur de la consolation d’hier, Karsten Bredahl. Avantage Danemark puis un partout. François envoie vite. C’est la dernière partie de ce premier tour. Elle est compliquée. Les deux joueurs sont en backgame et la pendule tourne vite. L’avantage vacille. François le perd finalement définitivement. Le salon est à moitié danois, à moitié français, et les autres sont coupés en deux clans. Ca crie à chaque fois que les dés en donnent l’occasion. Des dés qui choisissent donc Bredahl. Le grand duel n’aura pas lieu. Et les Danois font encore un grand chelem. Ils étaient quatre engagés, deux se rencontraient, ils en ont qualifié trois, rien à ajouter.


Andrieu en demi, à sa manière…

En route pour les quarts de finale. Andrieu-Plater, les deux premiers qualifiés de la journée. Fred prend les devants. Il oublie plusieurs cubes en route. Dans le salon, on se demande d’où viennent ses hésitations. Falafel, notre référence lorsqu’on a un doute, est le plus halluciné. Ca y est. Enfin. Cube, passe, 1-0. Dans la suivante, il est loin devant. Sur les canapés, la délégation française attend le gammon définitif. Mais ça se dégrade un peu, avec une ou deux approximations d’Andrieu au passage. On avance et l’avantage redevient significatif. Le gammon est encore là, à patienter dans un coin. Un gammon à 10 000 euros, le prix du demi-finaliste. Mais Plater sort vite du piège. 2-0 « seulement ». Et la suivante qui part mal. Et Fred qui nous agrémente encore le tout de quelques mouvements qui attirent sur les Français les quolibets de nos amis allemands. Mais Fred qui a une bonne étoile dans le gobelet. Il frappe. Il ferme. Et puis le grand classique : il est shooté de la barre alors qu’il a commencé à sortir ses pions. La bonne étoile brille toujours ? Bien sûr. Il ressort tout de suite. Il accélère. On tremble mais il tire un dernier double. Il est en demi-finale.


Traby sur la lancée de Monaco

Trabolt-Hassan pour suivre. On a failli assister au match le plus court de la journée. Et sans cube… Le Danois domine, enferme son adversaire et commence à sortir. Le gammon est assuré. Arrive le dernier double. Il ne lui reste plus qu’un pion au point deux contre un pion adverse à l’as. La salle se lève et hurle. 3 et 2 de Hassan et c’est fini. Il tire plus gros. 2-0 quand même pour le champion du Monde. Derrière, Hassan prend l’avantage avant de ne plus rien voir. Trabolt le frappe dans une position dangereuse. Et Hasan attaque une impressionnante série de galas qui permettent au Danois de toucher au but. Jusqu’à la traditionnelle frappe en cours de sortie. Quelques échanges de shoots plus tard, Traby conclut. Dans le dernier carré, Andrieu, ancien vainqueur de Monaco dans la catégorie intermédiaire, se voit offrir un vainqueur de la classe supérieure.


Le numéro un est toujours là

Le troisième quart de finale se déroule à sens unique. Robert Koca est en plein rush. C’est sa semaine. 3-0 et peu à dire sur sa victoire contre Jakob Holdt-Simonsen. Dans la course finale, le Danois n’a tiré que des 2-1, 3-1, 3-2 alors qu’il était déjà en retard. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas…

Il nous reste à voir un quart de finale de haut vol entre Falafel et le dernier Danois Karsten Bredahl. Trabolt sera finalement le seul représentant de la grande nation du backgammon parmi les quatre derniers. Un match assez rapide conclu par une partie très positionnelle d’où Falafel s’extirpe le premier. Il gagne logiquement la course qu’il a attaquée en tête. Le numéro un est toujours là. Alors, à cette heure-là, on est partagé. Bien sûr, Andrieu en finale, on ne dirait pas non. Mais une ultime joute entre le champion du Monde et le numéro un des Giants, l’affiche aurait une sacrée allure. Et n’oublions pas dans nos prières Robert Koca qui n’a pas la dégaine du type qui a envie de lâcher maintenant.


Falafel butte encore

La première demi-finale est la plus déséquilibrée. Mais Frédéric Andrieu a une envie qui vaut cher. Lars Trabolt doit arriver assez sûr de lui sur le board mais il connaît le backgammon mieux que personne. Il sait que tout peut arriver. Et vite. Je n’ai d’ailleurs pas grand-chose à vous raconter sur le match. Bien sûr, quelques péripéties. Mais c’est un TGV que Traby a pris en pleine face. Mené 1-0 après un cube inacceptable, il envoie dès qu’il a pris l’avantage. Mais un avantage bien maigre : aucun des deux joueurs n’a construit la moindre porte ! Alors évidemment, Fred se saisit du videau et on poursuit. Jusqu’au bout on tremble, mais Fred ne subit aucun accident. 3-0 et un Français en finale. Pas celui qu’on attendait. Qu’importe, c’est la belle aventure. De toute façon, à l’issue de la finale, ce sera la belle aventure. Robert Koca, vainqueur hier de la septième étape du PGT, a terrassé le numéro un mondial en une seule partie. Falafel envoie un cube très solide. Longue réflexion puis take. A partir de cet instant, Falafel ne tire plus que ses pires. Et Koca trouve une fenêtre de retour de videau à quatre. Hésitation, cette fois-ci, de l’autre côté et même décision : take. L’Israélien ne s’en remettra pas. Mais quand donc franchira-t-il les dernières marches vers un titre majeur ? On aimerait bien le voir tout en-haut et, croyez-le bien, lui aussi.


Frédéric Andrieu plus heureux et plus riche

Robert Koca, dans quelques minutes, réalisera peut-être le séjour parfait : Riviera Cup + Finale des WSOP = 145 000 euros. Quoi qu’il arrive, il en a déjà assuré 85 000. Il peut prendre le chemin du retour tranquille, d’autant qu’avec des euros, de nos jours, on achète pas mal de dollars ! Il en achètera beaucoup, certes, mais moins qu’espéré. Parce que Frédéric Andrieu l’a fait. On a même cru qu’il ferait très vite fait et très bien fait. Il envoie un cube solide dans la première et déroule ensuite gentiment. Il a fermé son board et mis Koca à la barre. S’il attrape le deuxième pion, il y a du gros gammon dans l’air. Mais il laisse le deuxième en route. Koca sauve le gammon. 2-0. Dans la suivante, c’est Fred qui sauve le gammon de justesse. Il aura un free drop. Koca envoie. Il passe. 2 partout. Un point pour la gloire et 100 000 euros. C’est la guerre jusqu’au bout. Fred est favori mais la course peut basculer sur un double. Aucun des deux joueurs ne tirera le moindre joker et l’avance va demeurer jusqu’à la libération. Tout à l’heure, Frédéric Andrieu va s’endormir un peu plus heureux et un peu plus riche qu’au réveil. Quant à moi, je suis vidé. Cette journée marathon m’a mis à plat. Lorsque je vous ai écrit les premières lignes, il faisait plein soleil, il était quinze heures. Il est bientôt quatre heures du matin et un avion m’attend dans quelques heures. Je suis saoulé de backgammon. Le grand air de la montagne va me faire le plus grand bien. Je reviens vous voir en septembre. Bonnes vacances les p’tits z’amis. Vous allez me manquer. Allez, à bientôt…


Franck STEPLER

dimanche 20 juillet 2008

CHAMPAGNE POUR KOCA !

Une fois n’est pas coutume, je ne prends pas le clavier à deux heures du matin pour démarrer cette chronique. Aujourd’hui, tout se passe un peu à l’envers. D’abord parce que, la nuit dernière, virés de la table de poker à 4h30 du matin pour cause de fermeture du casino, nous étions un peu sevrés de jeu (il est vrai que nous n’avions démarré qu’à 14h…). Alors nous avons entamé une petite chouette (formule de backgammon qui se joue à plusieurs camarades en pleine forme nocturne, information que je délivre ici aux non initiés qui croiraient qu’on a taquiné la femelle du hibou toute la nuit à plusieurs dans une chambre). Tranquillement affalés sur un lit d’hôtel, nous avons achevé nos hostilités vers 7h du matin. Autant dire que l’attaque du last chance à 14h était un peu brouillardeuse. On y reviendra. Mais si je vous écris dès le milieu d’après-midi, c’est que la course à la qualification pour les WSOB est palpitante. Chaque match du last chance, avec ses cinq points à la clé, fait varier le classement. Or ils ne seront que cinq à accompagner les vainqueurs des trois étapes dans la grande finale de lundi. De l’Américain Robert Koca et du Danois Gus Hansen, l’un des deux se moquera dans quelques heures du classement. Gus s’est qualifié en début d’après-midi pour la finale et il n’est plus qu’à 13 points d’une qualification directe. Lui, l’ambassadeur de la compétition, qualifié pour la grande finale, il faut avouer que ça aurait une sacrée gueule !


Le voyage Lourdes, La Mecque, Jérusalem

En attendant, la finale de la consolation est lancée. Des quatre Danois du haut de tableau, c’est Karsten Bredahl qui est sorti vainqueur. En bas, Marc Santo-Roman est passé tout près. A un shoot d’Alain Babillon. Et c’est finalement Le Nageur qui passe. Et c’est alors que nous nous retrouvons devant notre écran à suive la finale. De la pure magie noire. Ces gars-là et moi, on ne joue vraiment pas mais alors pas du tout au même jeu. Bienvenue au festival du joker ! A un miracle répond un miracle. C’est le voyage Lourdes, La Mecque, Jérusalem en moins d’une heure. Le seul impératif à ce jeu c’est de réaliser le dernier joker. Et à ce petit jeu, le Danois est trop fort. A 5-4 pour lui (match en 9), après avoir déjà retourné une ou deux parties, il sort encore vainqueur de la confrontation. A tour de rôle, Alain et lui tirent l’intirable pour prendre un avantage à peu près décisif. Et là, c’est vraiment plié. Enfin, à un double quatre près. Evidemment double quatre ! Sinon, je ne vous raconterais pas tout ça. Bref, il va falloir cravacher pour lui arracher la gagne, d’autant qu’Alain n’a plus que trois minutes à la pendule. Ici, on joue à une cadence très rapide. Et Alain, qui n’est pas le joueur le plus lent du circuit, aime quand même avoir son temps. Tant pis, il va falloir accélérer. Vaine accélération. Il n’y aura pas de retour. Bredahl vainqueur.


Les petits ont mangé les gros

Avec son acolyte danois, Karsten enchaîne illico avec la finale du double consultation. S’il était légèrement favori dans la consolation, il l’est là plus encore. Dans un nouveau duel franco-danois, les hommes du grand nord sont opposés à une équipe cosmopolite composée des deux régionaux José Rodriguez et Claude Lambert, qui portent nos couleurs mais composent en même temps une paire hispano-belge. Ce n’est rien de dire qu’ils ne sont pas favoris. Mais le backgammon est ainsi fait que le petit a parfois le droit de manger le gros. Et même plusieurs fois s’il a très faim. Ainsi les nôtres ont-ils balayé 9-1 Uli Koch et Ed O’Laughlin en demi-finale avant de croquer les Danois 9-2. On ne l’aurait pas parié mais un grand coup de chapeau à eux qui croient si fort en leurs chances à chaque fois qu’ils s’asseyent devant un board. José a donc confirmé son beau parcours monégasque. Amélie Viennois aussi, qui remporte la consolation de la division intermédiaire après le last chance débutant de Monaco. On l’attend donc désormais victorieuse du main de la première division lors du prochain tournoi. Et tout cela méritait bien un Ladies Prize !


Une finale à double enjeu

Dans le grand tableau intermédiaire, ce sont deux Arméniens qui se partagent la finale. Ils sont moins nombreux qu’avant à nous rendre visite sur les tournois mais ceux qui viennent sont souvent placés. Coup de chapeau aussi à Dorian, que l’on croise tous les hivers au Festival des Jeux de Cannes et qui s’impose dans la division débutants. Son sens du jeu doit lui permettre de réaliser très vite des résultats à l’étage au-dessus. Avec tout ça, on allait oublier Gus et Robert. Alors que la remise des prix a eu lieu et que le cocktail bat son plein, eux s’affrontent devant les caméras. L’enjeu est d’importance. D’une double importance même : inscrire l’un des plus prestigieux tournois de la saison à son palmarès mais aussi se qualifier pour la grande finale des WSOB. Car on le sait maintenant, seul le vainqueur rejoindra le groupe des seize méritants. Malheur au vaincu qui n’aura pas engrangé assez de points. Il perdra gros et l’opportunité d’empocher encore bien plus gros…


Gus a mal au crâne

Parce qu’il est une star du poker, parce qu’il est danois, parce qu’il est l’ambassadeur des WSOB, tout le monde voyait Gus au Panthéon. Moi-même j’en ai fait mon favori depuis deux ou trois jours. Mais je vous avais parlé de Robert Koca comme d’un des Américains les plus solides. Sa réputation était nouvelle pour moi mais apparemment pas usurpée. Il fait la cours en tête. Largement. Puis Gus recolle. Puis Robert remet un coup d’accélérateur. 11-8. « A deux points du bonheur », diraient certains au bord du court Philippe-Chatrier à Roland-Garros. A ce score, après avoir pris l’avantage, l’Américain réfléchit longuement au cube. S’il est pris, c’est pour être aussitôt renvoyé. Mais il peut aussi gagner le match sur cette action. Gus a mal au crâne. Il se le prend d’ailleurs à deux mains à l’heure de la réflexion. Et cette réflexion dure. Il compte. Il analyse. Devant l’écran, on entend de tout, comme d’habitude : « ce n’est pas un cube », « je passe », « je prends et je renvoie ». Les Allemands ont sorti l’ordinateur : c’est un bon cube et un tout petit passe. Gus Passe. 12-8. Balle de match pour Koca.


Joker, contre-Joker, Koca vainqueur

On croit jusqu’au bout qu’il va se sortir d’une partie caramélisée mais il est finalement menotté : gammon et 12-10. Puis un passe et 12-11. Gus double d’entée bien sûr. C’est la dernière. Gus réfléchit très longtemps à un double deux compliqué, en début de partie. Il fait un choix étonnant. Mais payant. Gala sur deux portes de Koca. Pour autant, la partie est « au milieu ». Elle peine à se choisir un favori. Et il ne leur reste que trois minutes à chacun à la pendule. Ca laisse du temps mais il va falloir jouer à l’instinct, au talent pur. Pourtant, Koca prend son temps, réfléchit longuement avant de jouer un 6-5 compliqué. Il frappe. Il est repris. Et les échanges de frappes se poursuivent. Le favori change quasiment à chaque lancer de dés. Devant l’écran, chacun voit un joueur devant, puis un autre. Le vainqueur sera désigné pour pas grand-chose : un gala de trop, un joker de plus. C’est à cela et à cela seulement, que tient un match comme celui-là. Koca a la pression, bien plus que Hansen. Il a du mal à gérer. Il lui reste 45 secondes. Double cinq de Gus. Voilà un sacré joker ! Encore faut-il bien le jouer. Il hésite un moment. Il choisit. A la course, il est encore en retard. Mais il tire des gros. C’est bon pour sa course. Moins pour son timing. Toujours les mêmes paradoxes du backgammon. Des gros des deux côtés. Et double cinq de Koca à son tour. Les Américains explosent dans la salle. Le contre-joker absolu. Gus a encore une course. Mais il est maintenant très en retard. C’est quasiment fini. Il ne reviendra pas. Robert Koca s’impose dans la Riviera Cup et se qualifie pour la grande finale des WSOB.


J’adore Rassoul !

Quelle semaine ! Et dire que ce n’est pas fini. Mais je veux des vacances moi. Je n’en peux plus de ce foutu backgammon ! Mais non, pas encore l’air pur de la montagne. Il va falloir attendre 24 heures de plus. Cette année, on joue les prolongations le lundi avec cette grande finale des WSOB et quelques petits tournois secondaires encore à disputer. J’aurai donc le plaisir de vous écrire encore demain. Après, on fera la pause jusqu’à Aix-en-Provence, en septembre, dernière chance de ramasser des points pour rejoindre une autre grande finale, celle du PartoucheGammon Tour d’octobre, à Divonne-les-Bains. Ca doit vous faire marrer de lire mes éternels espoirs mais il va bien falloir que je réussisse enfin quelque chose de sérieux à Aix si je veux me qualifier. Je ne sais même pas si je le mérite tant ma saison a été désastreuse. Allez les Dieux, si on s’agitait un peu dans la bonne direction. Vous avez donné le double à Rodriguez et Lambert, vous avez mis 17-4 dans le gobelet de Rassoul Rasti contre Fallafel à Paris. Et mon tour, c’est quand ? Au fait, Rassoul, le Suisse venu d’Iran, finaliste inattendu à Paris, joueur fantasque s’il en est, s’est vu attribuer le prix du fair-play cette semaine pour son éternelle bonne humeur. Il gagne avec le sourire et la candeur d’un gamin. Il perd à peu près de la même façon. Il est là pour se marrer et ça se sent. J’adore ça ! Allez, à demain…

Franck STEPLER

samedi 19 juillet 2008

DES DANOIS ET L’ALLEMAGNE


Un message personnel pour commencer : Meryl est formidable. Qui est Meryl ? Une jolie brune, membre de l’équipe d’organisation du PartoucheGammon Tour. Chaque matin, elle se plaint auprès de moi de ne pas voir figurer son nom dans cette chronique. Ca y est, c’est fait. Contente ? T’as intérêt parce que je referai pas ça tous les jours. Des jolies femmes, il y en a quelques unes dans la salle. Et ce samedi leur était dédié. C’était jour de tournoi des dames. Elles devaient se lever tôt pour démarrer à quatorze heures (autant dire aux aurores pour un joueur ou, en l’occurrence, une joueuse de backgammon). Elles étaient pourtant vingt à se présenter. Cécile Wolf a porté haut les couleurs françaises. Jusqu’en finale. Elle n’a été stoppée là que par une incontournable : une Danoise. Elle s’appelle Pernille et est la compagne d’un joueur bien connu du circuit. Elle sera parée dimanche soir des jolis bijoux destinés à la plus brillante représentante de la gent féminine cannoise.


Un Américain en finale

Les Danois font, une fois de plus, mieux que figurer. Pernille risque de ne pas être la seule à recevoir un grand trophée. Petit ou grand, ils vont en glaner quelques-uns. Dans le main déjà, où Gus Hansen est toujours là. La star du poker, ancien du backgammon, est revenue cette année à ses premières amours en tant qu’ambassadeur des World Series of Backgammon. Mais ses résultats, dans les deux premières épreuves de Londres et de Copenhague, l’ont tenu éloigné des sommets. Le revoilà ici parmi l’élite. En quart de finale, il a disposé de sa compatriote Pia Jeppesen. Il rencontrera en demi-finale l’Anglais Nicky Check. L’autre finaliste est déjà connu. Il est américain. Robert Koca est considéré aux Etats-Unis comme un joueur très solide. On le connaît peu ici mais à partir de ce week-end, on se souviendra de son nom. Côté français, c’est Marc Santo-Roman qui a réalisé la meilleure performance, ne perdant qu’en demi-finale contre le Suédois Robert Lindbom. Et le Toulousain peut s’en vouloir. Après avoir sauvé la partie de crawford, encore assez loin du but, il s’est emmêlé les crayons, oubliant l’existence du videau un peu trop longtemps, avant de s’imaginer à quatre points du but alors qu’il lui en restait cinq à marquer. Alors qu’il croyait avoir gagné, il n’était qu’à 12-12. Et il perdra le dernier point.


Santo et Babillon pour une place en finale

Heureusement, la consolation progressive lui a permis d’entrer assez loin dans le tableau de repêchage. Et de se qualifier pour les demi-finales. Il tient son trophée et son chèque. Un Français sera en finale puisqu’il affrontera Alain Babillon qui réalise, lui aussi, un formidable tournoi. Dans l’autre demi-tableau c’est clair et net : quatre joueurs, quatre Danois. Quelle armada ! Simonsen, Nielsen, Bredahl, Dogan. Les deux premiers s’affronteront dimanche pour une place en demi-finale. Des deux derniers, c’est Bredahl qui est sorti vainqueur. Mais je vous assure que l’impression visuelle est étonnante. Sur le circuit WSOB, nous bénéficions de tableaux électroniques visibles de grands écrans plasma. Et devant le nom de chaque joueur figure le drapeau de son pays. Du rouge avec une croix blanche, on ne voit que ça. Mais quand donc sera-t-on capable, ailleurs, de développer une telle école de backgammon. Je vous assure que ça rend jaloux. Dès que vous croisez la route d’un Danois, vous savez que vous rencontrez un joueur solide. Pas forcément un génie. Juste un joueur très solide qui commettra peu d’erreurs et vous donnera du fil à retordre. Un seul petit truc si vous en rencontrez un : ils détestent passer un cube. Il faut vraiment qu’ils soient à la rue pour vous abandonner un point. Tenez-le vous pour dit.


L’Allemagne s’adjuge la Nations Cup

Les Danois ont donc leur drapeau partout sauf sur le podium de la Nations Cup. Ils ont abandonné leur titre à l’Allemagne. Hildsberg-Braconi : 7-2. Et un premier point. Plentz-Lo Surdo : 7-5. Et c’est fini. On ne disputera même pas le double. Pour Goetz Hildsberg, c’est comme pour les Danois, lorsqu’il n’est pas présent dans un tableau, il est dans un autre. L’Open lui a échappé, il s’est rattrapé sur la compétition par équipe. Aucun pays n’a pour l’instant réussi le doublé. La Nations Cup nous a, chaque année, offert un nouveau vainqueur. C’est la Suède qui accroche la troisième place en disposant de la Norvège. Rideau sur la Nations Cup. Mais le monde du backgammon ne s’arrête jamais de tourner. Lorsque les volets se ferment sur un événement, ils s’ouvrent sur un autre. Et le double a fait le plein. Un très beau tableau de 32 équipes et encore, il a fallu refuser du monde. Je passe sur la nouvelle remontée du bout du monde que j’ai réalisée avec Serge Dahan avant d’échouer au poteau parce que ça fait trois fois en trois jours et que c’est un peu lassant, pour vous comme pour moi. Une équipe française s’est hissée en demi-finale et ce n’était pas la plus attendue : José Rodriguez et Claude Lambert iront chercher la gagne. Après son quart de finale de consolation à Monaco, José réalise une sacrée tournée estivale. Tout comme Amélie Viennois, dans la division inférieure. Après avoir enlevé le last chance du tournoi débutant à Monaco, elle s’est qualifiée ici pour la finale de la consolation intermédiaire. Bravo à la future maman. Bon, c’est l’heure du poker. Je file. Allez, à demain…

Franck STEPLER